Un soir, tard, devant un écran encore allumé, beaucoup ont déjà tenté l’expérience. Quelques mots tapés presque en confidence : « Quel est le métier fait pour moi ? » L’espoir est là, discret mais tenace. Celui qu’une réponse claire surgisse, enfin. Ce geste, banal en apparence, dit pourtant quelque chose de profond : un besoin de sens, de cohérence, parfois de soulagement. Dans un monde professionnel instable, pressé, demander à une intelligence artificielle de nous éclairer semble logique. Mais cette quête, aussi légitime soit-elle, mérite d’être regardée avec nuance et humanité.
Quand la réponse tombe trop vite
ChatGPT répond vite. Très vite.
Il analyse, synthétise, propose. Les métiers défilent : consultant, formateur, créatif, entrepreneur, coach… Les mots sont flatteurs, parfois justes. On se reconnaît. Un peu. Beaucoup. Et pourtant, quelque chose résiste.
Car ces réponses arrivent souvent avant que la vraie question n’ait été posée.
Sophie, 42 ans, cadre dans une entreprise nantaise, est venue en coaching après plusieurs semaines de recherches en ligne. Tests de personnalité, bilans express, conversations avec des IA. Elle savait ce qu’elle pourrait faire. Mais pas ce qu’elle voulait vraiment transformer dans sa vie. Elle parlait de métiers. Son corps parlait de fatigue.
Le risque n’est pas de se tromper de métier.
Le risque est de passer à côté de ce qui appelle à changer.
L’illusion de la clarté immédiate
Les outils numériques donnent une impression de maîtrise. Ils nomment, classent, orientent. C’est rassurant. Surtout quand l’intérieur est flou.
Mais un métier n’est pas une simple correspondance entre compétences et intitulé.
C’est un rythme de vie.
Une place dans le monde.
Une manière d’être en relation.
Quand quelqu’un est en transition professionnelle, il traverse souvent une zone sensible. Doutes, perte de repères, fatigue mentale. L’envie d’une réponse rapide est humaine. Pourtant, cette rapidité peut court-circuiter une étape essentielle : l’écoute de ce qui se joue en profondeur.
L’IA peut proposer une carte.
Elle ne marche pas le terrain à votre place.
Ce que ChatGPT ne peut pas ressentir
ChatGPT ne sent pas le nœud dans la gorge avant une réunion.
Il ne perçoit pas la lassitude qui s’installe le dimanche soir.
Il n’entend pas la fierté discrète après un projet mené malgré la peur.
Or, ces signaux sont précieux. Ils parlent de valeurs, de limites, de désirs enfouis. Ils indiquent souvent bien plus qu’un test ou un algorithme.
Marc, 35 ans, envisageait une reconversion vers un métier “plus aligné”. ChatGPT lui suggérait des postes cohérents avec son profil analytique. En coaching, une autre réalité est apparue : ce n’était pas l’analyse qu’il voulait quitter, mais la solitude. Ce qui lui manquait, c’était le lien, la transmission, la sensation d’être utile à quelqu’un, ici et maintenant.
Changer de métier n’était pas la priorité.
Changer de posture, oui.
Les fêlures comme boussole
Dans l’art japonais du kintsugi, les fêlures sont réparées avec de l’or. Elles ne sont pas effacées. Elles deviennent visibles, précieuses.
Les parcours professionnels fonctionnent souvent ainsi. Les zones de fragilité – burn-out, échec, perte de motivation – ne sont pas des anomalies à corriger rapidement. Ce sont des points d’appui.
L’IA a tendance à lisser.
À optimiser.
À proposer des trajectoires “logiques”.
Mais la logique ne suffit pas toujours. Les choix professionnels les plus justes naissent souvent d’un endroit plus subtil : là où quelque chose a craqué, puis insisté.
Ce n’est pas un hasard si beaucoup de reconversions émergent après une période de tension. Ce n’est pas un défaut. C’est un signal.
Du bon usage des outils numériques
Il serait injuste d’opposer frontalement coaching et intelligence artificielle. Les outils numériques ont leur place. Ils peuvent ouvrir des pistes, enrichir une réflexion, apporter du vocabulaire.
La question n’est pas faut-il les utiliser, mais comment.
Quelques repères simples :
Utiliser ChatGPT comme un miroir, pas comme un oracle.
Prendre les réponses comme des hypothèses, jamais comme des verdicts.
Observer ce que chaque suggestion provoque intérieurement : curiosité, rejet, indifférence.
Ces réactions sont plus informatives que la liste elle-même.
Un métier qui “fait rêver” sur le papier peut laisser froid. Un autre, moins évident, peut créer une petite étincelle. C’est souvent là que quelque chose commence.
Revenir à soi, concrètement
Dans l’accompagnement, certaines questions reviennent souvent. Elles sont simples, mais rarement prises le temps d’être explorées.
Qu’est-ce qui m’épuise aujourd’hui, précisément ?
Qu’est-ce qui me donne de l’énergie, même en petite dose ?
Qu’est-ce que je ne veux plus négocier ?
À quoi je dis “oui” trop souvent, par habitude ?
Ces questions ne demandent pas de réponse parfaite. Elles demandent de l’honnêteté.
Le métier “de ses rêves” n’est pas toujours spectaculaire. Il est souvent plus discret. Il ressemble à un quotidien plus respirable, à une cohérence retrouvée, à une tension qui se relâche.
Avancer sans se violenter
Beaucoup arrivent en coaching avec l’idée qu’il faut décider vite. Trouver le métier. Prendre la bonne direction.
Or, un chemin professionnel se clarifie rarement d’un seul coup. Il se dévoile par ajustements successifs. Par essais. Par prises de conscience.
Il n’est pas nécessaire de tout quitter pour avancer. Parfois, un changement de cadre, de mission, de posture suffit à redonner du sens. Parfois non. L’important est d’écouter ce qui demande à évoluer, sans se forcer à entrer dans une case, même séduisante.
L’accompagnement permet cela : créer un espace où la réflexion ralentit, où les réponses se déposent, où les fêlures deviennent lisibles.
Demander à ChatGPT le métier de ses rêves peut être un point de départ. Une première porte. Mais le chemin ne se résume pas à une réponse bien formulée. Il se construit dans l’écoute, la nuance, et le respect de son propre rythme. Entre ce que l’on sait faire et ce que l’on aspire à vivre, il existe un espace fertile. C’est souvent là que les choix les plus justes prennent forme.
Et vous, où en êtes-vous sur ce chemin ?



